RESILIENCE

 

Je me suis toujours sentie rejetée.

A l'école, j'ai trouvé mes premières étiquettes : J'étais trop grande. Très timide. J'aimais la solitude et cela marquait ma différence. Parmi les enfants qui débordaient d'énergie, j'étais trop sage.

Alors j'avais un dialogue intérieur très élaboré; je me parlais tout le temps. Je ne m'ennuyais jamais, car je n'étais jamais seule à l'intérieur.

Toute petite, j'étais certaine d'avoir été adoptée. Je ne me reconnaissais pas dans ma famille, et j'étais absolument persuadée d'avoir une autre famille ailleurs; alors j'ai fouillé dans les papiers de la maison pour trouver la preuve que je cherchais, des papiers d'adoption.

Je n'en ai pas trouvé, et j'étais perplexe. Je savais pertinemment que ma famille n'était pas ma famille. Mes liens étaient distendus, je ne sentais pas d'amour.

On m'avait enseigné les notions de bien et de mal et les règles de la société judéo-chrétienne. Cela me semblait lourd à porter. Tellement de normes et de codes sociaux à intégrer, d'obligations, de conduites à tenir. Cela m'étouffait, c'était tellement complexe.

 

A l'adolescence, je préférais la compagnie des adultes; avec ceux de ma classe, je me trouvais dans l'incapacité d'échanger. J'allais vers ceux qui étaient exclus du groupe, ceux qui étaient placés en famille d'accueil, qui étaient à la limite du système, sans trop savoir pourquoi. Les autres jeunes.. Ils étaient trop immatures pour moi, je ne les comprenais pas; je m'isolais le plus possible. Ce n'était pas compliqué, on ne me voyait pas. Je ne me reconnaissais nulle part, et ma sensibilité et ma timidité me fragilisaient. Ma différence m'a fait rentrer dans une autre case, on me prenait pour l'intello de service.

 

Ma famille aussi drainait son lot de problèmes qui me rongeaient. La situation devenait de plus en plus pesante au fil des années. La pression psychologique était intense et ne lâchait jamais. Les engueulades faisaient place aux silences jusqu’à ce que le temps efface les mots. Les membres de la famille se retrouvaient souvent isolés. Le dialogue devenait difficile pour moi. Je me renfermais. Je perdais confiance en moi.

A mon insu, je construisais des schémas qui renforçait la responsabilité extérieure. Je n'en étais pas la cause ; je subissais…..

 

J'ai rencontré des difficultés scolaires aussi, l'enseignement me paraissait bancal, obsolète..J'étais lasse de tout, et j'avais des peurs sur mon avenir; je ne savais pas vers quoi me tourner professionnellement. Je me demandais combien de temps je pouvais tenir comme ça.

 

Je voulais grandir vite et passer à l'âge adulte. Je sentais au fond de moi que j'avais des choses à dire et la sensation que personne ne m'entendait. Il ne s'agissait pas d'une crise passagère, et c'était très douloureux.

 

Certaines blessures d'enfance (ou d'adolescence) ont été enfermées à double tour dans ma carapace. Il m'a fallu un long chemin pour comprendre certaines réactions que je provoquais inconsciemment.

Régler ses comptes avec ce qui représente l'autorité parentale ne suffit pas. Au moment ou je commençais à comprendre l'inutilité de mes ressentiments, lorsque j'ai compris qu'il me fallait dénouer ce nœud, d'autres éléments extérieurs se sont cumulés.

A mes pensées négatives c'est ajouté un sentiment d'injustice. Injustice de ne plus pouvoir régler les choses en tant qu'adulte. Mes sentiments m'ont fait culpabiliser…Il faut pardonner, paraît-il..

 

Alors j'ai cherché à pardonner en tant qu'adulte. Plusieurs fois. Sous plusieurs formes.

J'ai écris mes émotions.

Je les ressentais avec beaucoup d'intensité, elles menaçaient de déborder, et comme je voulais tout contrôler, je m'épuisais.

J'ai parlé de mon vécu. Cela a fait remonter les souvenirs avec une telle force, que la dépression s'est enracinée profondément en moi.

Au moment ou j'ai voulu clore cette existence, je suis allée voir mon médecin qui n'a rien fait d'autre que me prescrire des anti-dépresseurs, qui m'ont plongée dans une espèce de torpeur qui a cloisonné mes émotions pendant des années.

Puis j'ai pensé aller voir un psy, mais je n'ai pas été convaincue par notre échange téléphonique.

Je me suis tournée à nouveau vers la peinture.

Toutes mes tentatives ont échoué.

 

Ce n'est qu'un leurre. C'est un soulagement temporaire. La blessure initiale reviendra en force tôt ou tard.

J'ai compris il y a quelques années seulement, qu'il me fallait pardonner en tant qu'enfant. Que ce que je qualifiais d'"épreuves" étaient une projection de ce qui était en moi, mon système de valeurs personnel.

"Je ne valais rien, alors pourquoi m'accorderait-on de l'importance." 

Accepter de me positionner en tant qu'enfant.

Le savoir est une chose…l'appliquer ….. m'a demandé de lâcher beaucoup de parties de moi, et notamment de ne plus me laisser asservir par les pensées, ressasser mes erreurs et de m'accrocher aux rancœurs du passé. Il m'a fallu accepter la déconstruction de mon système de croyances. Cela à enclenché le processus de guérison.